REIMS QI GONG, Yang Sheng
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Zhuang Zi (ca375-ca295 av. J.-C.) - Le Zhuangzi - Courts extraits
Le Zhuangzi décrit avec beaucoup de finesse des situations où interviennent des animaux, des artisans ou hommes de métier (charpentier, cuisinier, charron,..), des personnages historiques (Confucius, Yan Hui, Hui Shi, Gongsun Long,...), légendaires, ou abstraits, symboliques (Ombre, Pénombre, Sans Fin,... Le Zhuangzi auquel nous avons accès sous la forme d'un livre de 33 chapitres parfois déconcertants a été mis en forme par Guo Xiang, qui en fut un des premiers exégètes. Le Zhuangzi est attribué à Zhuang Zi, Cependant nous n'en sommes sûr qu'en ce qui concerne les 7 premiers chapitres, dits intérieurs.

Chapitre III

La parole n'est pas seulement un souffle. Celui qui pârle a quelque chose à exprimer, mais ce quelque chose n'est jamais tout à fait déterminé par la parole. Ainsi donc, la parole existe-t'elle ou bien n'existe-t'elle point ? Celui qui parle diffère-t'il d'un poussin qui pépie ? S'en distingue-t'il ou ne s'en distingue t'il pas ?

Le Dao n'a pas de bornes. La parole n'est pas sûre c'est de la parole que viennent toutes les distinctions établies par l'homme.


Chapitre III

Quand le boucher Ding du prince Wen Houei dépeçait un boeuf, ses mains empoignaient l'animal; il le poussait de l'épaule et, les pieds rivés au sol, il le maintenait des genoux. Il enfonçait son couteau avec un tel rythme musical qui rejoignait parfaitement celui des célèbres musiques qu'on jouait pendant la danse du bosquet des mûriers et le rendez-vous des têtes au plumage.
Eh! lui dit le prince, comment ton art peut-il atteindre un tel degré ?
Le boucher déposa son couteau et dit : Ce qui intéresse votre serviteur, c'est le fonctionnement des choses et non pas juste la technique. Au début de ma carrière, je ne voyais que le boeuf. Après trois ans d'exercice, je ne voyais plus le boeuf, mais seulement certaines parties. Maintenant c'est mon esprit qui opère plus que mes yeux. Mes sens n'agissent plus, mais seulement mon esprit. Je connais la conformation naturelle du boeuf et ne m'attaque qu'aux interstices. Ainsi je ne détériore pas les veines, les artères, les muscles et les nerfs, à plus forte raison les grands os : Un bon boucher use un couteau par an parce qu'il ne découpe que la chair. Un boucher ordinaire use un couteau par mois parce qu'il le brise sur les os. Le même couteau m'a servi depuis 19 ans. Il a dépecé plusieurs milliers de boeufs et son tranchant paraît toujours comme s'il était aiguisé de neuf. A vrai dire les jointures des os contiennent des interstices et le tranchant des couteaux n'a pas d'épaisseur. Celui qui sait enfoncer le tranchant très mince manie son couteau avec aisance parce qu'il opère à travers les endroits vides. C'est pourquoi je me suis servi de mon couteau pendant 19 ans et son tranchant paraît comme s'il était toujours aiguisé de neuf. Chaque fois que j'ai à découper les jointures des os, je remarque les difficultés particulières à résoudre et je retiens mon haleine, fixe mes regards et opère lentement. Je manie très doucement mon couteau et les jointures se séparent aussi aisément qu'on dépose une poignée de terre sur le sol. Je retire mon couteau et me relève: je regarde de tous côtés et me divertis ici et là ; je remets alors mon couteau en bon état et le rentre dans son étui.
très bien, lui dit le prince Wen Hui. Après avoir entendu les paroles du boucher, j'ai fini par comprendre ce qu'il faut faire pour cultiver en soi ce qui jaillit de la vie, pratiquer le Yang Sheng.


Chapitre VI


Distinguer l'action du ciel d'avec l'action de l'homme, voilà le sommet de la connaissance.
Connaître l'action du ciel, c'est constater ce que chacun de nous possède par nature.


Connaïtre l'action de l'homme, c'est essayer de préserver ce que son intelligence ne peut connaître par ce qu'elle connaît.[...]
Qu'est ce que l'homme véritable? L'homme véritable de l'antiquité n'opprimait pas la minorité, ne faisait pas étalage de son succès et n'aguichait pas les hommes Il ne regrettait pas ses erreurs et ne tirait pas fierté de ses bonnes actions [...]
Dans l'antiquité, l'homme véritable ne rêvait point pendant son sommeil ; il ne se faisait pas de souci à son réveil ; il ne prenait pas de repas savoureux. Il respirait très profondément : sa respiration provenait de ses talons. [...]
Son coeur était tranquille. [...]. Sa joie et sa colère se manifestaient selon le rythme des quatre saisons. Il savait s'adapter à tous les êtres...


Chapitre XIII


[...] Hélas, tout le monde considère que les formes et les couleurs, les noms et les phonèmes représentent la réalité des choses et cela n'est pas vrai. C'est en ce sens que "Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne perçoit pas". Mais comment le monde s'en rendrait-il compte ?


Chapitre XXII

L’homme doit la vie à une condensation (Ju) de Qi. Tant qu’il se condense, c’est la vie ; mais dès qu’il se dissipe (San), c’est la mort.

C'est l'inévitable condition de l'homme d'être sans connaissance et sans pouvoir.
N'est-ce pas une pitié de voir ces gens qui se démènent pour tenter d'éviter l'inévitable.


Chapitre XVII

Gongsun Long demanda au prince Meou de Wei (devenu ensuite un ermite) :
« J'ai étudié dans ma jeunesse la Voie des anciens rois, j'ai compris plus tard en quoi consiste une conduite bienveillante et juste ; j'ai associé l'identité et la différence, j'ai dissocié la dureté et la blancheur ; j'ai prouvé la justesse de ce que les autres tenaient pour faux et la fausseté de ce que les autres tenaient pour juste ; j'ai mis en difficulté les cent écoles , j'ai réfuté tous les arguments de mes adversaires et je me croyais invincible. Mais on m'a rapporté des propos de Zhuang Zi ; leur étrangeté m'a jeté dans la confusion. Je ne sais si ce sont mes arguments qui ne valent pas les siens ou si je lui suis inférieur en intelligence. Je ne puis plus me prononcer sur rien. Pouvez-vous me dire que faire dans un pareil cas ?
Le prince Meou s’appuya sur son accoudoir, respira profondément, leva les yeux vers le ciel, sourit et lui dit :
N’as-tu jamais entendu parler de la grenouille qui habitait dans le fond d’un puits et qui dit un jour à la tortue de la Mer orientale.
« Comme je suis heureuse ! Je sors de mon puits pour sauter sur a margelle, j'y retourne pour me reposer là où une brique manque dans la paroi. Quand je plonge dans l'eau, l'eau me prend sous les aisselles et les joues ; quand je marche dans la vase, je me recouvre les pattes jusqu'aux chevilles et quand je regarde autour de moi ces larves de moustiques, ces crabes et ces têtards, [je vois bien qu'] aucune de ces bestioles ne connaît un pareil bonheur ! Il n'y a rien au dessus de la joie d'avoir ainsi pour soi toute une étendue d'eau et d'occuper tout un puits. Pourquoi, Madame, ne venez-vous pas de temps à autre voir vous-même ? " .


Si les gens d'aujourd'hui font si grand cas de certaines manières d'agir (Dao), c'est à cause des écrits des grands hommes. Mais ces écrits ne sont que du langage. Le langage a certes son prix ; il a quelque chose de précieux. Ce qui fait son prix, c'est l'intention (Yi) et l'intention tend vers quelque chose, mais ce vers quoi elle tend, on ne peut le communiquer par la parole (Yan). Les gens se transmettent les écrits des grands hommes parce qu'ils font grand cas de leur parole, mais ces paroles sont sans valeur du moins leur valeur n'est pas celle qu'ils croient.


De l'inutilité

Hui Shi : Vos idées (Yan) n'ont aucune utilité.
Zhuang Zi : Il faut avoir reconnu la valeur de l'inutile pour pouvoir parler de l'utile. La terre est vaste mais l'homme n'en utilise que ce que recouvre ses deux pieds. Si vous enleviez toute la terre qui entoure ces deux pieds, et que vous creusiez jusques aux sources jaunes, la parcelle qui resterait lui serait-elle de quelque utilité ?
Non, dit Huishi.
Cela montre l'utilité de l'inutile, conclut Zhuang Zi


Parler est autre chose que souffler. Quand nous parlons, nous parlons de quelque chose, mais ce dont nous parlons n'est jamais déterminé. Alors, parlons-nous de quelque chose quand nous parlons ? Ou, n'avons-nous jamais parlé de rien.? Si l'on soutient que notre langage est différent du gazouillis des oiseaux, peut-on établir une distinction claire entre les deux ou, ne le peut-on pas ? Comment se fait-il que la Voie s'occulte et que naisse l'opposition entre le vrai et le faux ? Comment se fait-il que le langage s'obscurcisse et que naisse l'opposition entre le juste et le faux ?...


...Tu ne sais donc pas distinguer l'utile du nuisible. Les hommes parfaits savaient-t'il faire cette distinction?
Wang la fine pointe répondit :
Les hommes parfaits sont merveilleux. Quand la brousse brûle, ils n'ont pas chaud,
Quand le Fleuve Jaune et la Han gèlent, ils n'ont pas froid,
Quand la foudre s'abat sur les montagnes, cela ne les atteint pas,
Quand le typhon soulève la mer cela ne les effraie pas.
Ces hommes-là circulent dans les airs et les nues, chevauchent le soleil et la lune, évoluent au-delà des Quatre Mers, la mort et la vie n'ont aucun effet sur eux,
Le souci de l'utile et le nuisible bien moins encore.


Le mille-pattes et le serpent

L'unipatte enviait le mille-pattes, le mille-pattes enviait le serpent. Le serpent enviait le vent. Le vent enviait l'oeil et l'oeil, l'esprit.
L'unipatte dit au mille-pattes : J'ai bien de la peine à avancer en sautillant sur ma patte. Je me demande comment vous faites pour mouvoir toutes les vôtres ?
Le mille-pattes répondit ; Mais non ! Avez-vous jamais vu un homme cracher ? Il suffit qu'il expectore pour qu'une pluie de gouttes, les unes grosses comme des perles; les autres fines comme un brouillard, s'abattent pêle-mêle en quantités innombrables. Eh bien, je laisse agir le ressort qui est en moi sans savoir comment il agit.
Le mille-pattes dit au serpent ; Comment se fait-il qu'avec toutes mes pattes, j'avance moins bien que vous qui êtes sans pattes.
Le serpent répondit : C'est l'effet du ressort qui est en moi. Je ne puis rien changer à son action et me passe fort bien de pattes.
Le serpent dit au vent : Quand je meus mes vertèbres et mes côtes, cela se voit. Mais quand vous vous élevez de la mer du Nord et que vous vous abattez sur la mer du Sud en tournoyant, vous n'avez pas de forme visible. Comment cela se fait-il ?
Le vent répondit : Il est vrai que je m'élève en tourbillonnant de la mer du Nord et que je m'abats en tournoyant sur la mer du Sud, mais il suffit qu'on lève le doigt ou qu'on me marche dessus pour être plus fort que moi. Cependant j'arrache les arbres et j'emporte les maisons. Cela, je suis le seul à pouvoir le faire. De toutes mes petites défaites, je fais de grandes victoires. remporter de grances victoires, seul le sage en est capable...


Les nasses servent à prendre le poisson, quand le poisson est pris, on les oublie.
Les pièges servent à attrapper les lièvres, quand les lièvres sont pris, on les oublie.
Le langage sert à saisir l'intention, on l'oublie quand on a saisi l'intention
Ah! si seulement je connaissais un homme qui oublie le langage pour avoir à qui parler.


Yan Hui fait des progrès

– J’ai fait des progrès, dit Yan Hui. – Comment cela ? demanda Confucius.
– J’oublie la bonté et la justice, répondit Yan Hui.
– C’est bien, remarqua Confucius, mais cela ne suffit pas.
Lorsqu’ils se revirent, Yan Hui dit:
– J’ai fait des progrès.
– Comment cela? s’enquit Confucius.
– J’oublie les rites et la musique, expliqua Yan Hui.
– C’est bien, observa Confucius, mais cela ne suffit pas.
Lorsqu’ils se revirent, Yan Hui dit encore:
– J’ai fait des progrès.
– Comment cela? demanda Confucius.
– Je puis rester assis dans l’oubli, répondit Yan Hui.
– Que veux-tu dire par là? demanda Confucius intrigué.
– Je laisse aller mes membres, je congédie la vue et l’ouïe, je perds conscience de moi-même et des choses, je suis complètement désentravé: voilà ce que j’appelle être assis dans l’oubli.
Confucius déclara: Si tu es sans entraves, tu n’as plus de préjugés favorables (ou défavorables). Si tu épouses les métamorphoses de la réalité, tu n’es plus soumis à aucune contrainte. Te voilà devenu un sage. Souffre que moi, Cheou [prénom de Confucius], je devienne ton disciple.

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